Un couple de Mascouche, Anabel Potvin et Jonathan Beauchemin, a récemment partagé leur tragique histoire concernant la perte de leur premier enfant, un drame causé par le cytomégalovirus (CMV). La grossesse, qui semblait se dérouler sans problèmes jusqu’à la 22e semaine, a pris une tournure dévastatrice lorsque des tests ont révélé que le fœtus souffrait d’un retard de croissance significant. À la 28e semaine, le couple a dû dire adieu à leur petit garçon, dont les chances de survie étaient extrêmement limitées.
Le cytomégalovirus, appartenant à la même famille que le virus de l’herpès, est souvent asymptomatique chez les personnes en bonne santé, mais représente un risque sérieux pour les femmes enceintes. Selon la Dre Fatima Kakkar, pédiatre infectiologue et clinicienne-chercheuse au CHU Sainte-Justine, l’infection peut entraîner des malformations sévères chez le fœtus, rendant la grossesse non viable dans certains cas. Ce virus se transmet principalement par contact avec des fluides corporels, tels que l’urine et la salive.
« Quand le virus rentre chez la maman, il commence à atteindre les cellules de développement et attaque la croissance normale du bébé. Ça entraîne de grosses malformations qui font, dans les cas très sévères, que la grossesse n’est plus viable », explique la Dre Kakkar.
Une expérience douloureuse
Pour Anabel et Jonathan, vivre un arrêt de grossesse suivi d’un accouchement a été une expérience traumatisante. « C’est la pire journée, c’est épouvantable », se souvient Jonathan. Anabel partage ce sentiment : « Tu accouches, c’est le silence. Après, tu passes du temps avec, mais ce n’est pas assez. » Le couple a maintenant pour objectif de sensibiliser les futurs parents sur le CMV et d’encourager la recherche sur ce virus encore méconnu.
Importance du dépistage précoce
Au Québec, environ 0,5 % des bébés naissent avec le cytomégalovirus congénital, qui peut provoquer des complications sérieuses telles que la surdité, le retard intellectuel ou la cécité. Bien que la majorité des cas soient asymptomatiques, la détection précoce peut faire une différence significative. Actuellement, le dépistage du CMV est pratiqué dans certaines provinces canadiennes comme l’Ontario et la Saskatchewan, mais pas encore au Québec, où le ministère de la Santé ne prévoit pas d’inclure ce test dans les protocoles de dépistage néonatal.
« Le dépistage à la naissance dit si oui ou non, le bébé est infecté, mais ne va pas le soigner. Le dépistage pendant la grossesse va identifier les femmes qui ont une infection, pour réduire le risque que la transmission se fasse au bébé », précise la Dre Boucoiran, gynécologue-obstétricienne au CHU Sainte-Justine.
Un engagement personnel pour sensibiliser
En réponse à leur perte, Jonathan Beauchemin, pompier et passionné de sports d’endurance, a décidé de relever un défi de course à pied de 300 km entre Québec et Montréal pour sensibiliser le public au CMV et récolter des fonds pour la fondation CMV Canada. Son objectif est de collecter 30 000 $ pour soutenir la recherche et la sensibilisation.
« Le but ultime est l’instauration d’un dépistage automatique pendant la grossesse ou à la naissance au Québec », déclare Jonathan. Il espère que leur histoire contribuera à éveiller les consciences sur les dangers du CMV et sur l’importance d’un dépistage précoce.
Regard vers l’avenir
Malgré cette expérience difficile, Anabel et Jonathan sont déterminés à devenir parents à nouveau. Cependant, ils sont conscients que toute future grossesse sera empreinte d’anxiété. « On constate la fragilité d’une grossesse », note Jonathan. Ils s’engagent à utiliser les informations qu’ils ont acquises sur le CMV pour protéger leur prochaine grossesse.
Cette tragédie met en lumière l’importance de la sensibilisation et du dépistage du cytomégalovirus. La communauté médicale continue de mener des recherches pour mieux comprendre et traiter cette infection, afin de réduire les risques associés pour les futures mamans et leurs bébés.
Pour plus d’informations sur le cytomégalovirus et sur les moyens de prévention, il est conseillé de consulter des professionnels de la santé.