Le nouveau livre Cancer colère de Fleur Breteau, publié le 6 février aux éditions du Seuil, met en lumière le lien grandissant entre les cancers et l’environnement. À travers 272 pages, l’activiste — porte‑parole du collectif du même nom — partage son expérience de patiente et les données scientifiques qui démontrent que les polluants, notamment les pesticides, sont de plus en plus associés à la survenue de tumeurs.

« On sait que l’environnement est en cause dans nos maladies, on le sait », affirme‑elle, rappelant que le nombre de nouveaux cas de cancers a doublé entre 1990 et 2023, selon l’Institut national du cancer (INCa). En France, le taux de cancer du sein reste parmi les plus élevés au monde, et six types de cancers ont connu une forte progression chez les 15‑39 ans entre 2000 et 2020.

Un constat alarmant : les chiffres qui parlent

Les données de l’INCa montrent que les cancers d’origine environnementale — liés à l’air, à l’eau, aux sols et à l’alimentation — représentent aujourd’hui plus de la moitié des nouveaux diagnostics. Parmi les plus préoccupants, on retrouve :

  • Les lymphomes, fréquemment observés chez des travailleurs exposés aux produits chimiques (boulangers, agriculteurs, etc.).
  • Les cancers pédiatriques : l’Inserm estime à 2 300 le nombre d’enfants et d’adolescents diagnostiqués chaque année en France, dont environ 500 décèdent, la moitié des cas étant chez les moins de 5 ans.
  • Les cancers du sein, où la France se classe parmi les pays les plus touchés selon l’IARC.

Le rôle des pesticides : de la science au débat public

Depuis le livre de Rachel Carson, Silent Spring (1962), la recherche a continuellement souligné les effets néfastes des produits chimiques agricoles. Le glyphosate, par exemple, a fait l’objet d’une étude publiée en 2000 dans Regulatory Toxicology and Pharmacology qui concluait à son innocuité ; cette étude a été retirée en 2023 après la découverte d’un conflit d’intérêts avec des cadres de Monsanto, comme l’a indiqué le Reuters.

En avril 2024, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a publié une alerte concernant les pyréthrinoïdes, présents dans de nombreux produits anti‑moustiques et anti‑puces. Chez les enfants, ces substances pourraient perturber le développement neurologique in utero, tandis que chez les adultes, elles sont suspectées d’augmenter le risque de cancers du système lymphatique.

Des revendications citoyennes face à la législation

Le collectif Cancer colère a mobilisé entre 500 et 800 membres pour s’opposer à la loi Duplomb, votée en juillet 2023, qui prévoyait la réintroduction du glyphosate jusqu’en 2033. Une pétition signée par 2,1 millions de Français a été présentée à l’Assemblée nationale, mais les déplaceés n’ont pas débattu du texte, laissant les signataires dans l’attente d’une réponse.

Les revendications principales du collectif sont :

  • Un moratoire européen sur les pesticides et les engrais de synthèse.
  • Un soutien technique aux agriculteurs indépendants afin de réduire leur dépendance aux produits chimiques.
  • Une meilleure transparence des conflits d’intérêts dans la recherche pharmaceutique et agro‑chimique.

À retenir : tableau récapitulatif

Thème Données clés
Incidence globale du cancer (1990‑2023) + 100 % (doublé) – INCa
Cancers pédiatriques (France) ≈ 2 300 diagnostics / an, 500 décès – Inserm
Pyréthrinoïdes – alerte ANSES (2024) Risque neurologique chez l’enfant, risque lymphatique chez l’adulte
Glyphosate – étude retirée (2023) Conflit d’intérêts découvert – Reuters
Pétition contre la loi Duplomb 2,1 M signatures – source officielle

Le combat de Fleur Breteau montre que la santé publique ne peut plus être traitée comme une simple question de mode de vie individuel. Les preuves scientifiques s’accumulent, les alertes réglementaires se multiplient, et les citoyens réclament une action rapide.

Les prochains pas seront suivis de près : le Parlement européen doit débattre du projet de moratoire sur les pesticides prévu pour 2025, et l’ANSES prévoit de publier un rapport complet sur les effets à long terme des pyréthrinoïdes d’ici la fin de l’année. Les organisations de patients, les chercheurs et les agriculteurs continueront de faire pression pour que les politiques de santé environnementale passent de la parole aux actes.

Disclaimer : Cette article a pour seul but d’informer. Il ne constitue pas un avis médical, un diagnostic ou un traitement. Pour toute question de santé, consultez un professionnel qualifié.

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