Selon une étude menée par des chercheurs de l’université Duke, le réseau électrique américain actuel serait capable d’intégrer près de 100 gigawatts de consommation supplémentaire provenant des centres de données, à condition que ceux-ci acceptent de limiter leur usage durant environ un demi-pourcent du temps sur une année. Cette estimation offre une piste nettement moins coûteuse que la construction de nouvelles infrastructures pour répondre à la demande croissante.
Dans le sud-ouest rural où la demande a diminué, Appalachian Power affichait seulement 14 % d’utilisation annuelle et 54 % en période de pointe.
Pour l’année close en juillet, le réseau de distribution de Dominion Energy, le service public qui dessert le nord de la Virginie et alimente son boom de centres de données, n’était utilisé qu’à 41 % de sa capacité en moyenne. Aux heures de pointe, ce taux atteignait 80 %, avec des écarts entre zones plus ou moins chargées.

Un réseau dimensionné pour quelques heures par an
Les réseaux électriques sont conçus pour les rares moments où la demande culmine, par exemple lorsque tout le monde allume la climatisation simultanément. Construire pour ces pics coûte cher, et un centre de données fonctionnant à pleine puissance en permanence augmente ces sommets, obligeant les opérateurs à investir dans des équipements qui restent inutilisés la majeure partie du temps. En Allemagne, la redistribution forcée de l’électricité entre régions avait représenté en 2022 un coût caché de 4,2 milliards d’euros, imputable à la saturation du réseau dans le sud du pays.
La flexibilité comme alternative à la construction
L’étude des chercheurs de Duke a suscité l’intérêt du secteur, Google ayant embauché son auteur principal.
Avant son lancement, attendre l’électricité pouvait prendre d’un à trois ans ; le délai est tombé à quatre à huit mois. Pendant les deux premières années du pilote, l’électricité demandée était disponible neuf fois sur dix, et lorsqu’elle ne l’était pas, les restrictions n’affectaient les opérations que moins de 1 % du temps. Le Southwest Power Pool, gestionnaire du réseau sur une grande partie des Grandes Plaines, a suivi la même voie. Mais l’attente a un prix élevé : dans les marchés les plus convoités, les files d’attente pour obtenir une connexion électrique peuvent s’étendre sur plusieurs années.
Des connexions accélérées en échange de souplesse
Dans l’Oregon, une entreprise de centre de données a obtenu en 2025 une connexion plus rapide auprès de Portland General Electric en s’engageant à installer une batterie de 31 mégawatts, capable d’alimenter environ 25 000 foyers pendant deux heures si nécessaire.
Google a adopté une approche similaire en reportant certaines tâches lorsque les réseaux belge, taïwanais ou américain étaient sous tension. Parallèlement, des startups commercialisent des logiciels capables de ralentir, suspendre ou déplacer les tâches d’intelligence artificielle quand le réseau est à rude épreuve.
Un clivage transatlantique
Avec 300 data centers recensés, la France demeure loin derrière les États-Unis.
Des projections à l’horizon 2030
Les projections de McKinsey pour 2030 établissent que 28 % de la consommation électrique des centres de données serait consacré à l’entraînement des modèles d’IA, 43 % à l’inférence, c’est-à-dire à l’utilisation des modèles, et 29 % à des activités extérieures à l’IA. Au total, 54 % de cette demande projetée correspondraient à des usages relocalisables d’un point à l’autre. Cette réforme du signal-prix pourrait s’inscrire dans une planification spatiale plus vaste associant acteurs publics et opérateurs, dans le cadre du « Cloud and AI Development Act » actuellement en cours d’élaboration.